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A feu et à sang
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Nova Solemnis
Sam 16 Fév - 16:13
La caravane n'avançait pas très vite. La plaine de Mor Ardain était balayée depuis ce matin par un furieux vent de face qui faisait courber l'échine des hommes et des bêtes tentant désespérément de braver ses étendues désertiques. Ce paysage désolé était parsemé de grandes formations rocheuses et de reliefs à l'aspect menaçant. Les gardes de la procession, souffrant de la chaleur étouffante dans leurs armures, étaient nerveux. Chaque arpent traversé était l'occasion de regards inquiets et de patrouilles incessantes pour s'assurer d'une avancée sans risques pour les marchands et autres arpenteurs de la caravane.

Amérist avait rejoint le groupe de voyageurs le matin même au village d'Andhen. Il avait l'intention de rejoindre Alba Cavanich, la capitale de l'Empire pour y écouler ses marchandises. Il trouverait bien de riches bourgeois à arnaquer avec lesquels faire affaire pour acheter le produit de son travail artisanal de l'année passée. Ses bracelets d'argent ouvragés ornés se vendaient bien, presque au prix de l'or pour des pigeons clients peu regardants.

Le jeune homme blond aux yeux bleu n'était pas particulièrement inquiet de la route malgré toutes les rumeurs qui courraient dans son village en ce moment. Ses parents avaient tenté de le dissuader d'entreprendre ce voyage cette année mais il avait refusé de les écouter. Il fallait bien qu'il gagne sa vie et ce n'était pas les paysans de sa bourgade natale qui le lui permettraient.

La route qu'ils empruntaient passait par des zones relativement sures de la plaine de Mor Ardain, évitant les régions volcaniques plus au sud qui pouvait abriter monstres, bandits et caprices des éléments, trois obstacles qui pouvaient rapidement anéantir une caravane comme celle-ci. Si tout se passait bien, il serait à Alba Cavanich d'ici une semaine.

Le soleil déclinait à l’horizon, passant progressivement derrière le cou du titan.  Bientôt, la teinte orangée qui habillait le paysage de façon uniforme tout au long de la journée laisserait place à une nuit sans nuage qui ne perdrait pourtant rien de sa chaleur suffocante.

Un bruit de sifflet strident retentit depuis l’avant de la caravane pour indiquer qu’il était temps de monter le camp. Cela tombait bien car la procession venait d’atteindre un cirque de pierre qui abriterait les voyageurs du vent et faciliterait la défense du site en cas d’attaque d’ennemis (on n’était jamais trop prudent dans cette région).

Amérist avait payé sa place un prix assez modeste et dormirait donc dans une des tentes communes que plusieurs colosses étaient en train de monter avec expertise tout autour du camp. Seuls les soldats seraient plus à l’extérieur du cercle formé par les tentes des voyageurs modestes, dans un souci de protection.

Le confort de ces espaces commun était spartiate et offrait rarement la possibilité d’un sommeil vraiment réparateur. Il y avait toujours un voisin ronflant trop fort, plaçant des coups de coude dans la nuit ou particulièrement odorant.

Amérist laissa sa monture au niveau de l’enclos qui avait été installé dans un temps record par les aides de camp. Il flatta l’encolure de son fidèle Galant et parti avec ses affaires sur le dos rejoindre les quartiers de troisième classe.

Bien épuisé par cette première journée de voyage, le jeune homme avançait perdu dans ses pensées lorsqu’il fut percuté par une personne avec un fort embonpoint. Cette dernière tomba en arrière, interrompue dans sa course. Amérist se retourna pour aider l’imposant homme à se relever. Il le remercia d’un ton bourru avant de reprendre sa course peu rapide.  

« Mais où court il comme ça ? » se demanda à voix haute le jeune homme.
« Le spectacle va commencer jeune ami, vous ne voulez pas rater ça. Les meilleures places vont rapidement être prises d’assaut » indiqua un nouveau coureur qui l’avait entendu.

Un spectacle ! Ceux-ci étaient rares sur cette ligne. Voilà pourquoi cela générait un tel engouement. Amérist se dépêcha de rejoindre l’attroupement qui avait commencé à se former autour du feu au centre du campement. Le bruit et la chaleur étaient intenses. On se bousculait joyeusement pour s’assurer la meilleure vision possible de la scène qui avaient été délimitée par un carré au milieu des spectateurs. L’espace avait été grossièrement balayé avant le début de la représentation pour avoir un sol sableux aussi dépourvu d’aspérités que possible.

A feu et à sang Feux-Saint-Jean-Drain

Le jeune homme mesurait près d’un mètre quatre-vingt-dix, ce qui lui assurait de voir le spectacle malgré sa place un peu en retrait derrière une rangée de spectateurs impatients. L’attente ne fut pas longue. Une agitation se fit sentir parmi les membres de la caravane qui levaient la tête pour apercevoir l’artiste qui venait de sortir des rangs pour entamer son tour d’arène.

Il s’agissait d’une jeune femme à la peau halée, aux yeux verts et aux longs cheveux rouge détachés. Amérist y vit de splendides reflets orangés alors qu’elle faisait le tour du feu de camp avec de grands bons agiles, portée par ses jambes musclées et graciles. Des bracelets de cheville dorés ornaient ses pieds nus qui semblaient flotter au-dessus du sol sablonneux. L’artiste était seulement vêtue d’une bande brune qui couvraient sa poitrine et d’une jupe carmin qui descendait jusqu’à ses genoux, laissant son ventre musclé dégagé. Une ceinture dorée entourait son bassin, bercée entre ses hanches par les mouvements de sa danse hypnotique.

Après un premier tour de pistes, la danseuse enchaîna deux saltos avant puis arrière. Une rumeur d’assentiment s’éleva du public, émerveillé par la grâce et la fluidité de l’enchaînement. L’artiste saisit deux cerceaux de matière sombre préalablement posés à son intention au sol et elle les enflamma dans la fournaise centrale. Elle reprit ses figures acrobatiques en y ajoutant la difficulté de jongler et faire tourner les deux cercles enflammés entre ses bras fins.

Les spectateurs retenaient leur souffle en contemplant avec appréhension la lueur des flammes se mêler aux mouvements grâcieux et maîtrisés de la jeune femme. Amérist ne parvenait pas à imaginer le niveau technique que cette artiste avait atteint. Elle jonglait à une telle vitesse qu’on aurait dit que le feu glissait comme la pluie sur sa peau bronzée.

Au détour d’un enchaînement, une boule de feu jaillit au milieu d’un des cerceaux propulsés au- dessus du feu de camp.  Puis une deuxième. Une troisième et les objets avec lesquels la danseuse jonglait se muèrent en un ballet de cercles qui peuplèrent le ciel nocturne. L’artiste continuait de faire voyager ces différents accessoires tout autour du feu de camp avec des arabesques complexes.

Amérist saisit du regard le visage de la danseuse au détour d’un de ses passages. Fin et plein de jeunesse, il irradiait une passion et une fougue hors du commun. Le jeune marchand ressentit dans le sourire de la jeune femme tout le plaisir que lui procurait ce spectacle, tout ce que la représentation pouvait générer d’énergie pour elle. Pourtant au fond de ses yeux pétillants, il lui sembla percer une touche de tristesse, comme une histoire non résolue qui la poussait à chercher l’absolution à travers la danse.  

Après quelques minutes de cet épuisant enchaînement, l’artiste laissa les objets tomber et une chappe de ténèbres sembla tomber d’un coup sur le camp alors que le feu central s’éteignait. Les spectateurs incrédules faillirent donner l’alerte quand tout à coup deux tracés rougeoyants apparurent sur la scène. Gagnant en intensité, les deux traits de flammes en firent rapidement le tour, embrasant progressivement les extrémités du feu central.

Alors que les buches se rallumaient progressivement, le public médusé vit que la danseuse formait ces deux traits enflammés au niveau de ses pieds qui semblaient glisser sur ce support brûlant comme sur de la glace. La jeune femme patinait ainsi autour du feu de camp, enchaînant les pirouettes sur son inhabituel support. Elle poussa même le vice jusqu’à ressortir progressivement huit balles enflammées avec lesquelles elle jongla tout en continuant son hypnotisant ballet.

Quelques minutes de cet extraordinaire manège avaient poussé le public à la limite de l’hystérie et lorsque la jeune femme s’arrêta pour saluer, les applaudissements bâtaient à tout rompre. Les sifflements et les bravos se poursuivirent pendant plusieurs minutes alors que l’artiste s’arrêtait à chaque angle de la scène pour remercier son public d’un sourire éclatant et d’une révérence maîtrisée.

Amérist sentait son cœur s’emballer. La jeune artiste avait vraiment beaucoup de talent. Ses chorégraphies incroyables et son sens de la mise en scène exacerbé avait particulièrement ému le jeune homme. Il aurait voulu rencontrer et remercier personnellement cette danseuse pour lui faire part de ce qu’il avait ressenti. Malheureusement pour lui, il ne semblait pas être le seul sur la liste au vu de la foule d’admirateurs qui se pressaient pour la complimenter.

La jeune femme semblait gênée par tant de reconnaissance. Elle remercia les personnes venues se presser devant elle et elle se faufila rapidement entre les tentes pour leur échapper, n’ayant même pas le temps de récupérer son matériel laissé à l’abandon au milieu de la scène. Certains s’empressèrent de la suivre mais ils furent rapidement arrêtés par une patrouille de garde qui leur rappela gentiment mais fermement le respect de l’ordre public. Le chef de la caravane dut même intervenir d’un discours pour calmer les esprits.

Amérist s’était déjà éclipsé sans bruit, en essayant d’anticiper l’itinéraire de fuite de la jeune femme. Il tenta de passer calmement, l’air de rien entre les tentes des membres les plus fortunés de la caravane. Ces habitations, plus spacieuses et dotées parfois des armoiries de certaines familles de l’Empire, étaient organisées en deux rangées, bien moins nombreuses que les tentes communes.

Il se rapprocha ensuite de ces quartiers communs vers où la jeune femme était partie. Il y croisa assez peu de monde, la plupart des voyageurs ayant assisté au spectacle et n’étaient pas encore retournés vers les tentes. Il prit à gauche après une rangée de yourtes usées. Là il se trouva au niveau d’un espace un peu plus dégagé devant lequel s’élevait une tente d’un aspect un peu particulier. On aurait dit un chapiteau de couleur violette sombre d’où s’échappait une fumée grise qui s’envolait lentement vers le ciel nocturne. Différents colifichets et babioles ornaient les pans de la toile usée qui le constituait. Deux piquets surmontés de torches allumées étaient fichés devant l’entrée.

Le marchand ressentit un certain malaise en s’approchant. Son cœur battait la chamade sans qu’il soit capable d’expliquer pourquoi. Une atmosphère oppressante se dégageait du lieu. Amérist entendit alors des bruits de pas se rapprocher et des brides de conversations. Il se cacha derrière une des bâches tendues pour écouter sans être vu.

«  …tous nos secrets, ma chère. Mais je peux t’aider à trouver ce que tu cherches, soufflait une voix agée, ancienne.
-  Vraiment ? Dans ce cas, hâtons-nous. Ils doivent toujours me chercher » rétorqua une voix plus jeune.

Toujours dissimulé, Amérist vit avec surprise la danseuse ainsi qu’une dame âgée marchant avec difficulté s’appuyant sur une canne se rapprocher et entrer dans l’étrange chapiteau qu’il avait repéré.

Avant de pénétrer dans l’habitacle à la suite de la jeune femme, l’ancienne se retourna et huma l’air quelques secondes, comme si elle cherchait quelque chose. Elle avait un visage décharné et des traits gommés par le temps. Par réflexe, le marchand évita son regard autant que possible, sentant qu’elle pourrait le repérer très facilement.

Finalement, elle entra dans la tente en claudiquant. Amérist ne put réprimer un léger soupir lorsqu’elle disparut de son champ de vision. Il se demandait ce qu’une danseuse itinérante pouvait bien chercher auprès d’une diseuse de bonne aventure aussi terrifiante. En tous cas, s’il voulait revoir la fille, il lui faudrait attendre qu’elle sorte de l’antre de l’ancienne. Il faisait bon et sa cachette était plutôt bien trouvée, à l’abri du vent. Cette partie du camp ne semblait heureusement pas très fréquentée. Il lui suffirait de prendre son mal en patience.

Il n’eut pas à attendre longtemps. La dague perfora son dos et traversa son cœur d’un coup net. Dans un dernier geste, Amérist baissa la tête et contempla la pointe argentée qui lui ressortait de la poitrine. La lame ressortit sans un bruit, le laissant tomber au sol comme un pantin désarticulé. Le marchand vit la pointe de la botte noire de son assassin et entendit un tissu frotter avec soin son sang hors de l’arme qui l’avait tué. Il sombra dans son dernier sommeil en songeant que ses parents avaient eu raison cette fois.
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Nova Solemnis
Dim 24 Fév - 22:40
Nova slalomait entre les tentes pour perdre ses poursuivants. Le public de ce soir avait été très réceptif, très enthousiaste. Rien ne réchauffait plus le cœur meurtri de la jeune lame que le contentement de son public. Elle avait obtenu la permission de se produire auprès du chef de la caravane et elle ne le regrettait pas. Quelle joie de voir tout ces visages souriants et ces applaudissements ! Il y avait quelque chose de transcendant dans le côté éphémère de cet art et tous, riches comme pauvres, y trouvaient quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes.

Pourtant, la jeune lame avait été submergée par leur trop plein d’émotions à la fin de la représentation. Ça avait faillit tourner à l’émeute près du feu de camp. C’est pourquoi elle avait préféré s’éclipser avant que cela ne dégénère.

Elle ne connaissait pas bien la vie des caravanes en fait. Autant qu’elle s’en souvienne, ses voyages avaient principalement un côté solitaire avec son pilote. Yann. Ce n’était pas le moment d’y penser. Elle devait d’abord trouver un moyen de sortir du camp sans attirer l’attention. Pas évident.
Soudain, Nova sentit qu’on lui saisit le bras avec force. Elle se dégagea, non sans mal, se retourna, prête à se défendre puis se rendit compte que la personne qui avait interrompu sa course était une vielle femme pas plus haute que son bassin.  

L’ancienne s’appuyait sur une canne en bois d’ébène taillé et elle était presque ensevelie par une ribambelle de vêtements chauds accumulés en patchwork sur son dos fatigué. Un florilège de colifichets, tous plus étrange les uns que les autres, était suspendu à ces multiples oripeaux.  
Malgré cet aspect inoffensif, il se dégageait de cette personne une aura puissante, oppressante, qui prit rapidement Nova à la gorge. Le visage ridé de la vielle, encadré de cheveux argentés, était marqué par de grands yeux noirs comme la nuit qui ne semblaient n’avoir rien perdu de leur éclat après les années. Ils semblaient transpercer la jeune lame de part en part.

Nova n’était clairement pas rassurée. La vieille femme l’avait abordée trop facilement alors qu’elle quittait précipitamment le lieu de la représentation. Elle semblait savoir qu’elle allait partir dans cette direction et s’était placée ainsi pour l’intercepter.

« La nuit est dangereuse, jeune lame. Ton cœur cherche mais ne trouve pas. Suis-moi si tu veux connaître son chemin. » Déclara l’ancienne d’une voix chevrotante.

Puis elle se retourna et commença lentement à emprunter l’allée de tentes qui menait vers l’Est du camp. Intriguée par le fait qu’elle avait été identifiée comme une lame alors qu’elle avait bien pris soin de cacher son cristal-cœur, Nova la rattrapa en quelques enjambées pour l’interroger.

« Attendez ! Qui êtes-vous ? Comment savez-vous ?
- Ah voilà ! Les questions ! Elles viennent toujours en meute, comme des créatures affamées, affamées de réponses. » Répondit la vielle en continuant à avancer. « Un peu de patience, ma jeune amie. Les apparences sont trompeuses surtout la nuit. Viens près de mon foyer si tu veux tout savoir. Je peux t’apporter la connaissance. Je peux t’aider à réveiller… Yann. »

Nova était interloquée ! La vieille femme avait prononcé le nom de son pilote ! Qui pouvait bien être cette étrange dame ?

« Je vois dans ton regard la confusion, jeune lame. Nous avons tous nos secrets, ma chère. Mais je peux t’aider à trouver ce que tu cherches », souffla l’ancienne, avec difficulté.
-  Vraiment ? Dans ce cas, hâtons-nous. Ils doivent toujours me chercher » rétorqua Nova en essayant de lui faire presser le pas.

Elle jeta un coup d’œil aux alentours, inquiète que ses poursuivants ne les ai rattrapées alors qu’elles devisaient. Nova remarqua alors qu’elles approchaient d’un étrange chapiteau de tissu violet qui laissait s’échapper une fumée sombre par le toit. Deux torches plantées sur des piquets encadrait l’entrée de ce qui semblait être la demeure de l’ancienne au vu de son pas décidé vers cet édifice.

La vieille lui indiqua l’entrée et Nova pénétra dans l’habitacle avec appréhension. Elle fit attention à ne pas déranger les différentes babioles, crânes et autres symboles ésotériques qui pendaient de toutes les aspérités de la toile tendue.

L’intérieur était aménagé en cercle avec un lourd tapis violet orné d’un pentacle rouge sang au centre. Un feu contenu brûlait doucement dans le coin le plus éloigné, générant la fumée repérée à l’extérieur qui s’élevait en courtes volutes vers le ciel nocturne visible au-dessus de la tête de la jeune femme par une ouverture dans le cône formé par la structure du chapiteau. De lourds coffres à l’aspect daté constituaient le seul mobilier de cette demeure pour le moins inquiétante.

Alors que Nova se demandait si elle ne ferait pas mieux de quitter au plus vite cet endroit, l’ancienne repoussa la toile de l’entrée et rentra sans un bruit derrière la jeune femme. Elle sourit à la face inquiète de la lame et s’installa de l’autre côté du tapis au sol où elle déposa sa canne. Faisant preuve d’une souplesse étonnante pour son âge, elle s’installa en tailleur et commença à sonder Nova qui ne savait pas où se mettre.

La jeune lame décida d’imiter la maîtresse des lieux et elle s’assit en face. Impatiente d’en finir avec cet entretien qui la mettait mal à l’aise, elle déclara:
« Merci de votre hospitalité. Mais je ne connais toujours pas votre nom. Vous êtes ? »
« Aucune patience. Impulsive avec ça. Mais pour une lame de feu, rien d’étonnant. Mon nom, je l’ai oublié depuis longtemps. On m’appelle l’Indestinée ou l’Infortune. Je connais les routes du destin des hommes, les chemins des cristaux. Si tu es ici, c’est que c’était écrit. »
« Comment savez-vous que je suis une lame de feu ? J’ai pris toutes les précautions du monde pour qu’on ne me remarque pas ».
La veille femme ne répondit pas tout de suite. Elle laissa la question flotter dans l’air, se mêler à la fumée montante du feu. Les ombres dansaient à sa lueur sur l’espace de la toile tendue. L’Indestinée leva la tête comme si elle humait quelque chose dans l’air. Elle semblait ailleurs. Puis finalement, elle reporta son attention sur Nova.
« Mauvaise question. Savoir comment ne t’apportera rien. Tu dois savoir. Je peux t’ouvrir les portes du futur. De ton futur. »
« Mon futur ? Vous avez parlé de Yann toute à l’heure. Comment pouvez-vous connaître le nom de mon pilote ? Vous savez comment l’aider ? »  
« Es-tu prête pour le savoir ? » Demanda l’Indestinée d’un ton énigmatique.

Nova hésita. Elle ignorait tous des intentions de la vieille femme qui lui faisait face. Rien ne lui disait qu’elle souhaitant vraiment l’aider. D’un autre côté, elle n’avait aucune piste. Elle s’était mise en route pour la capitale de l’Empire dans l’espoir de faire des recherches à la grande bibliothèque. Sans indications, elle ne savait pas vraiment combien de temps cela allait prendre. Peut-être le destin était-il vraiment en train du lui tendre la main ? Après le revers de fortune qu’elle venait de vivre, il lui était difficile de croire que de telles choses pouvaient arriver.

La nature optimiste (et peut-être un peu naïve) de la jeune femme prit le dessus sur son appréhension.

« Je suis prête » déclara-t-elle d’une voix qu’elle voulait assurée.

La vielle femme se tourna alors vers un des coffres de la pièce et l’ouvrit. Elle farfouilla quelques secondes à l’intérieur avant d’en tirer un jeu de cartes ouvragé. Les cartes étaient d’une qualité remarquable, à la tranche dorée, et leur dos représentait un ange et un démon se disputant l’espace d’un cercle ouvragé au centre duquel trônait l’arbre monde. De toute évidence, il s’agissait d’un tarot divinatoire. Nova regarda l’objet avec un mélange de fascination et d’inquiétude. La vieille voulait lire son avenir dans un jeu de tarot ?

Voyant le regard dubitatif de la jeune femme, l’Infortunée tenta de la rassurer.

« La voie des cartes est celle qui te convient, crois-moi. Toutes les âmes qui me consultent n’ont pas besoin de la même chose mais toi, ton Destin est tracé dans ce jeu de tarot. »

Sans attendre de réponse, la vieille femme commença à étendre neuf cartes en trois colonnes sur le tapis devant elle. Elle passa sa main ridée au-dessus de chacune des cartes, une par une, comme pour les sonder. Nova remarqua une bague argentée ornée d’un œil stylisé sur l’index de la main droite de la divinatrice avant de se retrouver captivée par le mouvement lent de cette dernière.

L’Infortunée retourna d’un coup la carte centrale, dévoilant ainsi un dessin étrange. Deux gnomes semblaient touiller le contenu d’un chaudron au fond duquel le symbole de l’infini se dessinait, comme matérialisé par leur incessant manège. Une lune et un soleil occupaient les deux orbes au sein du signe ainsi formé.

« Ton Destin est inscrit dans quelque chose de plus grand que toi, jeune lame. Il te faut faire prendre du recul pour pouvoir y saisir quelque chose. L’Infini n’apparaît pas souvent, tu es… intéressante. » commenta l’oracle d’un ton amusé.
« Vous pouvez vraiment lire mon avenir dans ces symboles ? » répondit d’un ton incrédule Nova qui se sentait de plus en plus mal à l’aise. Pourtant, elle n’arrivait pas à détourner son attention de la carte, comme si le chaudron qu’elle représentait tentait de l’aspirer.
« Les cartes ne mentent pas, jeune lame. Elles parlent à ton cristal cœur. A ton tour de chercher la voie. Retourne la carte que ton cœur désire. »

Devant l’invitation de la vieille femme, Nova était quelque peu désemparée. Elle se dit qu’elle ferait mieux d’en finir vite avec cet étrange tour de forain. Plus vite elle aurait quitté cette tente et mieux ça irait. Sans vraiment y réfléchir, elle retourna la carte la plus en bas à droite du jeu. Une faucheuse entièrement drapée de noir sous une pluie battante.

« La Mort. Elle t’habite. Elle a déjà élu place dans ton cristal cœur. Tu le sais et pourtant tu essaie de lui échapper. Tu nies ce que tu es devenue. »

Comment ! Comment cette devineresse de pacotille pouvait être au courant de son sacrifice ? De l’horreur à laquelle elle avait dû souscrire pour tenter de sauver Yann ! Nova était médusée devant la révélation du talent de la devineresse.

« Tu comprends maintenant ? Les cartes disent la vérité, toute la vérité. Même si elle fait souffrir. Mais ne t’inquiète pas. Elles savent aussi guider. » déclara l’Infortunée en retournant la carte la plus proche d’elle à la gauche de Nova.

Deux épées stylisées s’y croisaient, comme un duel entre deux armes sans porteurs. En arrière-plan, deux femmes pleuraient.

« Ton chemin est pavé de conflits. Tu n’arriveras pas à ton but sans combattre. Tu devras surtout surmonter ton conflit intérieur. A ton tour. »

La jeune femme était maintenant pleine d’appréhension. Elle savait pourtant qu’elle devait continuer. Elle retourna la carte à droite de l’Infini. Trois calices alignés se trouvaient devant une figure encapuchonnée qui semblait les regarder avec circonspection comme si elle devait faire un choix. Le calice le plus à gauche contenait un ensemble de fruits appétissants. Le deuxième était rempli d’or. Le troisième contenait une eau pure et était orné d’un œil stylisé.

« Ta rencontre avec ton Destin t’a forcé à un choix terrible. Tu devras en assumer les conséquences pour avancer. »

La devineresse retourna ensuite les deux cartes les plus proches de Nova. Une représentation de Malhos tout en armes, au regard menaçant, occupait la première tandis que l’arbre-monde emplissait tout l’espace de la seconde.

« Ah ! les Aegis. Voilà qui devient très intéressant » déclara l’Infortune visiblement fébrile suite à cette révélation.
« Que voulez-vous dire ? Je dois chercher les Aegis ? » demanda Nova, maintenant absorbée par cette étrange séance de divination.
« Il semblerait que ton choix actuel te mène vers eux, oui » répondit l’Indestinée, songeuse. « Mais n’allons pas si vite. Il reste tant de possibilités. Ouvre deux portes de ton Destin. »

L'ancienne désigna le jeu étalé entre elles. Maintenant captivée, Nova retourna non sans appréhension deux nouvelles cartes. Uraya, le titan à forme de baleine jaillissait d’une mer de nuage sur l’une tandis qu’un chevalier sur sa monture semblait accompagner une jeune femme qui montait une magnifique jument blanche à ses côtés.

« Uraya… » prononça dans un souffle Nova.
« Oui, ta quête t’y mènera. Mais pas seule. Tu devras affronter nombre de dangers et tu ne pourras t’en sortir seule. Le destin t’amènera un compagnon auquel tu ne t’attendras pas. »

La dernière carte face cachée semblait attendre qu’on la retourne. Nova pouvait presque sentir l’énergie qui se dégageait de cette ultime révélation. L’Indestinée mit fin à cette attente. La déception de Nova fut grande.

« La mer de nuage ? Qu’est-ce que ça signifie ? »

La carte représentait seulement une mer de nuage calme se mouvant placidement. La devineresse sourit à la lame.

« Tu trouveras ce que tu cherches. Mais ton chemin doit rester voilé pour l’instant. Les cartes t’indiquent que tu dois poursuivre tes recherches, comprendre leur sens caché. N’oublie jamais ce qu’elles t’ont révélé et tu suivras le bon chemin pour accomplir ton Destin. »

Nova était un peu déçue. Pourtant elle n’attendait rien de cette séance de divination. Elle se consola en se disant qu’elle avait obtenu plus que ce qu’elle était venue chercher. Il était temps de partir.

« Merci pour votre accueil. Je n’oublierai pas. » dit Nova en se relevant. Elle remarquait uniquement maintenant que ses jambes étaient engourdies.
« Pas si vite, jeune lame. Les cartes réclament toujours leur dû. » l’interrompit l’Indestinée.

L’atmosphère se refroidit d’un coup. Les flammes du feu semblèrent se rétracter, comme effrayées par le ton impérieux de l’oracle.

« Tu ne paieras pas aujourd’hui. Mais un jour, tu ne sauras pas lequel, je te demanderai de faire quelque chose pour moi. Ce jour-là, tu devras faire ce que je te demande, sans protester. Ce que les cartes t’ont donné n’est pas gratuit jeune intrépide. Est-ce bien clair ? » annonça calmement la devineresse.

Nova se sentit oppressée et contrainte d’accepter quelque chose d’immoral. Pourtant, elle n’avait pas le choix. L’ancienne l’avait piégée, sûrement comme tant d’autres. La lame de feu se sentait marquée et c’était extrêmement désagréable. Pourtant, elle les indications de l’oracle seraient surement précieuses pour la mettre sur le bon chemin pour sa quête. C’est tout ce qui comptait.

« Je suis prête à tout pour Yann. Vos visions m’ont montré le chemin. Si elles s’avèrent vraies, je remplierai avec plaisir ce contrat. »
« Ne sois pas si enthousiaste à accepter ce que tu ne connais pas encore. Mais sache que le Destin te donnera ce que tu cherche si tu suis le chemin que les cartes t’ont indiqué. Va maintenant, je dois me reposer. »

Ne se faisant pas prier, Nova quitta le chapiteau de l’Infortunée le cœur gros mais plus assurée quant à sa prochaine destination. La bibliothèque Impériale lui donnerait toutes les informations sur les Aegis et leurs liens avec Uraya.

* * *

« Elle va le trouver ? » Demanda la lame engoncée dans son armure de cuir noire en posant la dague argentée sur un des coffres. Elle prit la forme d’une corneille et tourna son œil de jais vers l’Indestinée qui rangeait son jeu de Tarot.

« Oui mais son histoire n’est pas facile, je le crains. Le soleil mettra du temps à briller pour elle, et la pluie ne sera jamais loin. » répondit la devineresse d’un air sombre.

La lame ne commenta pas, se contentant d’un croassement lugubre qui se perdit dans la nuit.

* * *

Le lendemain, Nova se réveilla à l’aube, réveillée par les rayons du soleil qui perçaient entre deux pics du cirque de pierre. Elle s’étira et bailla. Elle s’était réfugiée dans un renfoncement de la falaise pour échapper à l’attention que son dernier spectacle avait pu causer. Ce qui s’était passé la nuit dernière lui semblait un rêve étrange et elle n’était pas sûre de l’avoir vraiment vécu. Avant que la caravane ne se remette en branle, elle tenta de retrouver le chapiteau violet mais après avoir fouillé tout le camp, elle du se rendre à l’évidence : l’Infortunée et sa demeure avait disparu.
Quelques heures plus tard, alors qu’elle rejoignait la procession de marchands et de badauds qui reprenait sa progression vers la capitale impériale, elle se dit que les manuscrits de la bibliothèque lui indiqueraient si cette Indestinée existait vraiment ou du moins si ses révélations pouvaient l’avancer dans sa quête. Engoncée dans une cape à capuchon brune, la jeune femme passait inaperçue au milieu de la troupe bigarrée. « Il en serait ainsi jusqu’à Alba Cavanich » décida-t-elle mentalement.  
Elle jeta un dernier regard au cirque de pierre maintenant dépouillé du campement puis poussa sa monture vers le reste de la caravane qui s’avançait en direction de l’horizon.
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